Du plaisir de faire des listes

IMG_9584

Faire des listes, j’adore. A l’exception des courses (quoique…), elles sont le plus souvent associées à des moments de bonheur, listes d’invités, de films, de livres, de citations, de recettes, de restaurants, d’envies, de cadeaux, playlists musicales… et même to do lists, pour le seul plaisir que procure le fait de rayer les choses faites. Faire une liste de titres par exemple, c’est choisir, sélectionner, papillonner, se replonger dans ses souvenirs de lecteur ou de spectateur, tenter de retrouver des émotions et sensations passées, ou au contraire se projeter dans un futur fait de promesses et de découvertes… Faire des listes, c’est chercher l’essentiel, chercher du sens et mettre de l’ordre, c’est abolir le règne des critiques qui partout imposent une hiérarchie, une norme de la qualité et du bon goût, une échelle de l’intelligence, revendiquer le droit de comparer ce qui n’est pas comparable, jouir d’une délicieuse liberté…

Publicités

Özlem Bulut Band

1507-1

J’ai eu un vrai coup de cœur pour cette jeune artiste kurde qui cultive talent et fantaisie avec ses musiciens. Le quintet Özlem Bulut Band revisite avec une joie communicative des mélodies traditionnelles d’Anatolie, en proposant un cocktail audacieux de jazz oriental et de saveurs pop, relevé d’une délicieuse voix lyrique. C’est original et pétillant, et cela fait un bien fou ! Le quintet vient de sortir son second album : Aşk (MDC-harmonia mundi).

 

 

Faites vous du bien, courez voir Demain !

ob_b8905b_8ebc7aeb-3242-4f29-9d0f-ffb01866c97d

J’ai longtemps attendu pour aller voir Demain. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir suivi ce projet sur les réseaux sociaux, ni d’être attentive aux initiatives existantes pour contribuer à sauvegarder notre planète… Mais le temps file et parfois notre vigilance et notre curiosité s’engourdissent, s’endorment, bercées par le ronron du quotidien, la fatigue du devoir accompli, les flexions et extensions auxquelles nous soumettons nos neurones…

C’est donc un dimanche de janvier qu’enfin je me décide à voir le documentaire tant attendu, avant qu’il ne disparaisse de la programmation rochelaise. C’était sans prévoir son succès persistant bien des semaines après sa sortie en salle. Et j’ai donc dû faire demi-tour faute de place ! Une semaine plus tard, j’y suis enfin, mais la salle est toujours bien remplie.

Et ça, c’est le premier effet positif, parce qu’une salle pleine pour un documentaire, ce n’est pas très habituel ! Nous sommes nombreux à chercher l’inspiration et des solutions pour un monde plus respectueux de l’homme et de la nature… chercher, et prendre conscience que le changement ne se fera pas tout seul.

Demain, c’est une vraie bouffée d’espoir et d’oxygène. Aucun angélisme, aucun discours moralisateur ou culpabilisant, c’est beau, c’est intelligent, c’est parfois drôle, c’est didactique juste ce qu’il faut pour capter tous les publics. Que vous soyez ou non informé de ces initiatives qui fleurissent aux quatre coins du monde, et même peut-être déjà engagé dans ce changement positif, aller voir Demain permet de se sentir connecté à d’autres, de faire le plein de motivation et d’enthousiasme, de se rassurer en constatant que, non, le monde n’est pas pourri.

Composé de plusieurs parties qui se succèdent avec une grande fluidité – se nourrir, se déplacer, l’économie, la démocratie, éduquer… – le film suit le périple et les belles rencontres de Mélanie Laurent et Cyril Dion, de Todmorden à Copenhague, de l’Inde au Nord de la France. Et tout semble évident, c’est ce qui se passe avec les belles et bonnes choses.

J’ai l’air d’en faire trop ? J’essaie simplement de traduire la délicieuse effervescence qui m’habitait en sortant de la salle. Vous pensiez que seuls les films d’action ou les comédies pouvaient vous changer les idées ? Demain a ce petit effet galvanisant, il vous extrait des pressions du quotidien mais il a également le pouvoir de vous plonger dans un vif désir d’action, parce que tout ce que vous avez vu fonctionne, parce que vous avez définitivement compris que ces initiatives sont nées un jour où des gens comme vous et moi ont juste dit, autour d’un café, « on le fait » et l’ont fait, loin de la politique, parce que vous voulez absolument sauter dans le train, vous aussi.

Merci à Mélanie Laurent, à Cyril Dion et à toute leur équipe pour ce remarquable travail qui je l’espère de tout cœur trouvera le large écho qu’il mérite.

Prochaine étape : j’achète le livre !

Lumière !

Je vois chaque jour une quantité de blogs publiant d’incroyables réalisations, bricolages en tous genres, menuiserie, peintures, restaurations, recyclages, couture… Vous ne trouverez pas ici ces activités que j’admire et qui me sont inaccessibles du fait de mon ignorance et de l’indigence de mon équipement, à moins que je ne sois un jour miraculeusement touchée par la grâce de la divine bricole. C’est dit.

En revanche, ce que j’aime par dessus tout, c’est chiner et récupérer des babioles, que j’entasse, que j’empile, qui débordent de mes armoires et de mon grenier. Et détourner ces mêmes bricoles de leur utilité première. J’aime les objets. Comme j’aime les livres. Et l’utilité sans l’esthétique étant d’une tristesse et d’un ennui à mourir, je vous propose donc quelques idées très simples improvisées avec les moyens du bord.

Je voudrais d’abord parler de luminaires. Il est parfois compliqué de trouver son bonheur, en particulier en ce qui concerne les plafonniers et les appliques. L’offre est soit limitée, soit trop onéreuse. N’ayant aucune envie de me rabattre encore une fois sur les suspensions suédoises ou les boules de papier de riz qui me suivent depuis des décennies, je préfère de loin faire le tour du grenier ou tout simplement de la maison, afin de trouver le ou les objets qui vont m’éclairer !

 

Dans le couloir menant aux chambres, j’ai suspendu ce buste en rotin qui prenait la poussière depuis des années sur une petite armoire, et qui n’avait d’autre utilité que d’accueillir quelques colliers que je ne portais jamais (qui, pour leur part, ont été reconvertis en embrasse pour rideaux). Un nettoyage et la pose d’un crochet plus tard, ma suspension était prête.

Sur le piano, un pied de lampe bleu vif attendait son abat-jour et pour le faire patienter encore (je n’ai jamais trouvé de solution satisfaisante), je l’ai coiffé d’une plaque métallique ajourée dans laquelle j’ai accroché un éventail. Cette solution a le mérite de tamiser agréablement la lumière et de projeter de jolis motifs sur les murs.

Dans le salon, il fallait deux plafonniers. Pour éclairer la table, j’ai choisi d’investir dans une belle suspension couleur cuivre sur Achica à un prix très intéressant (38 €), et pour la seconde, j’ai utilisé un panier style vendange en métal.

Dernière loupiotte ; pour habiller l’applique de l’entrée, j’ai utilisé du fil de fer, du papier de soie et de la colle à papier peint, pour former des pétales de fleur. Voilà pour les premières petites idées décoratives, simples et accessibles.

 

 

1, rue des petits-pas

photo(19)

Il a suffi de quelques pages pour que je m’attache à Louise, jeune Héroïne de ce roman de Nathalie Hug. Merci à mes copines Marion et Julie pour cette belle découverte !

1, rue des Petits-Pas nous plonge au cœur de l’hiver 1918, dans un village de la Meuse ravagé par la guerre. Mêlant poésie et réalisme brut, le roman nous immerge dans l’intimité de sages-femmes aux prises avec la violence, la maladie et la folie. Héroïnes de cet arrière-front où tout est à reconstruire, elles accouchent, soignent et apaisent  inlassablement, elles veillent sur leur maison et leurs semblables « comme des louves », au péril de leur liberté, exerçant alors leur métier dans l’illégalité.

Parmi elles, Louise, jeune orpheline de 16 ans, est recueillie aux petis-pas, où Anne, accoucheuse du village, lui transmet son savoir-faire. La solidarité s’organise et la vie reprend son cours dans cette communauté de rescapés nourrie aux légendes locales, sur fond de ruines et de champs minés, où germent commerce et tourisme d’après-guerre. « La neige amoncelée sur des façades orphelines accentuait la noirceur des ouvertures. On aurait dit qu’elles poussaient des cris silencieux là où le vent de la plaine venait s’engouffrer. »

Louise poursuit sa mission avec espoir et détermination, affronte avec force maladies, malveillance et bêtise. Un roman d’apprentissage donc, qui, au-delà de son intérêt historique, trouve un écho dans notre société en abordant des questions essentielles dans leur vérité nue et crue : la sexualité, la contraception, l’avortement, les violences faites aux femmes, ainsi que la profession de sage-femme qui souffre encore aujourd’hui d’un déficit de reconnaissance.

Dans le propos comme dans l’écriture, il n’y a ni pathos ni fausse pudeur : l’auteur est juste, sensible, et le lecteur renversé !

à lire :

Quand ? un soir

Thé ou café ? Quelque chose de fort… Calva ou Cognac !

1, rue des petits-pas, Nathalie Hug, Calmann-Lévy, 2014

et deux blancs d’œufs, deux ! 1/2

IMG_6511

Pour utiliser les blancs d’œufs qui nous restent sur les bras après par exemple… une carbonara vite fait du dimanche soir, les idées ne manquent pas ! Mais j’ai deux recettes de prédilection pour incorrigibles gourmands. Ce qu’elles ont pour me plaire ? Elles sont particulièrement rapides, faciles et ne requièrent que très peu d’ingrédients : les congolais et les tuiles aux amandes.

Aujourd’hui, j’opte pour les congolais :

prévoir environ 60 g de noix de coco râpée, 50 g de sucre et une noisette de beurre pour 1 blanc d’œuf, qui donneront 10 à 12 délicieux petits rochers.

Préchauffer le four à 200 °.

Mélanger bien le beurre fondu, le(s) blanc(s) et le sucre afin d’obtenir une consistance légèrement mousseuse, ajouter la noix de coco.

Sur une plaque recouverte de papier sulfurisé, façonner de petits rochers à la main, et enfourner pour plus ou moins 15 minutes, selon le four (à surveiller), ils doivent être légèrement dorés.

Croquants à l’extérieur, moelleux à l’intérieur, ils sont aussi régressifs que réconfortants !

La Trace du fils

photo(17)

Les Hautes-Alpes, un homme qui arpente des paysages dont les proportions le dépasse, Pascal en exergue… tout dans ce roman de Gaspard-Marie Janvier sonnait pour moi comme une promesse, et je n’ai pas été déçue ; j’ai dévoré ce western alpin, aimé son érudition, sa sensibilité à flanc de montagne, son humour, le souffle de sa narration me rappelant parfois Giono.

Il fallait bien que je fasse un choix pour commencer, et plutôt que d’évoquer ma dernière lecture, sur laquelle je reviendrai très vite, je tenais à parler de ce livre découvert il y a un peu plus d’un an, parmi les nominés au prix « Terre de France » remis lors de feu le salon du livre de La Rochelle.

La Trace du fils, c’est l’histoire d’une fugue, au début de l’hiver, celle d’Abel, 10 ans, « un lutin libre comme l’air qui n’aime rien tant que trotter de cime en cime parmi les gentianes » qui disparaît vers le Pic de Bure dans les Hautes-Alpes, et de son beau-père Cécil, qui part à sa recherche, ne pouvant se résoudre à contacter la police. « Dans son dénuement, il découvrait une ressource précieuse, un luxe insolite : l’espace pour penser. Comme si l’élargissement de l’horizon, le rythme régulier de la marche ouvraient dans son esprit un terrain pour le vague, pour la rêverie »

Une course qui sonne, pour Cécil, « martien égaré dans cette profusion géologique et végétale » comme une quête de lui-même – il s’interroge sur ce qu’est un père – et une course qui semble la construction de son « roman familial » pour Abel, parti sur les traces de son père décédé 10 ans plus tôt en montagne.

Le récit multiplie les points de vue, et, ainsi fragmenté, crée un rythme entraînant qui se cale sur celui de la marche des personnages, plongés au cœur de la nature, personnage à part entière. Il arrive un moment où l’on ne sait plus qui suit qui, l’écriture est riche, pleine d’humour et de poésie. Passages oniriques, parodie de reportage, personnages secondaires savoureux… dans sa course, le roman explore le thème de la filiation, de la famille recomposée, mais à aucun moment ne s’enferme dans une conclusion, préférant élargir la réflexion, sur cette quête essentielle, celle de soi-même. Porté par l’amour, Cécil semble grandir au fil du récit, pour enfin naître en tant que père.

à lire :

Quand ? un dimanche d’hiver, froid et ensoleillé 

Thé ou café ? avec un vin chaud

La Trace du fils, Gaspard-Marie Janvier, Fayard, 2014.